Les conflits idéologiques, la tolérance et la justice sociale

de | 24 février 2016
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Conflit_process_ideologie

A l’aide d’un graphique qui montre le processus de la résolution ou non d’un conflit idéologique, on verra dans cet article comment tendre à résoudre ce type de conflit. Mais aussi ce qui peut contrarier la résolution d’un conflit idéologique et pourquoi y mêler la notion de justice sociale.

Ce graphique part du principe que plus il y aura de sentiments négatifs communiqués aux individus, plus il y aura de tensions en devenir et donc plus il y aura de risques de conflits au sein du corps social. Les sentiments négatifs provoquant aussi un frein à l’échange cordiale nécessaire pour faciliter la résolution de tout type de conflits. On peut aussi approfondir sur la fabrique et la circulation de sentiments positifs et négatifs au sein d’une société en se référant à cet article.

Donc un conflit idéologique peut être vu comme un conflit basé sur une divergence d‘opinion mais peut s’étendre au racisme comme sur toute problématique portant sur une différence entre deux personnes et qui ne mêle aucun intérêt matériel, amoureux, etc.

On voit sur ce graphique que les moyens de résoudre ce type de conflit sont :

  • Accord de vues (en fait inexistence d’un conflit)

  • Tolérance (respect mutuel et/ou non-agression même si l’on est pas d’accord sur un point de vue ou que l’on ne s’apprécie pas)

  • Conversion (une des deux personne, ou groupe, a adopté le point de vue ou l’identité de l’autre)

Donc en dehors de ces solutions toutes les autres sont créatrices de sentiments négatifs.

Pour la « conversion » on part du principe qu’elle est libre, donc non forcée. Dans le cas d’une conversion forcée on pourrait parler de « renoncement ». Dans le cas d’une manipulation on peut aussi parler de « renoncement » bien que ce renoncement ne soit pas forcément conscient.

Le cas de la manipulation est plus complexe et subtile qu’une simple conversion forcée. Elle peut, même, si elle est inconsciente, amener à la création de sentiments négatifs si l’individu se retrouve trop en désaccord avec lui-même. Le fonctionnement de notre cerveau est ainsi fait que l’on pourra aussi se trouver toutes les raisons pour nous convaincre que nous suivons de façon volontaire quelque chose et que cela n’est pas issu d’une manipulation. Cela peut aussi être en rapport avec le suivi d’une norme ou d’actes lié à la pression sociale d’un groupe ou d’une société par exemple.

Quelques définitions des termes :

  • Agression comportementale : un mauvais regard, un signe d’insulte, etc.

  • Renoncement sans agression verbale ou comportemental : une personne se sent agressé rien qu’à entendre ou voir quelque chose de différent de ses idées/valeur et « tourne les talons »

  • Renoncement suite à une agression verbale ou comportementale : une personne préfère « tourner les talons » suite à cette agression mais n’en pense pas moins

  • Renoncement suite à un échange de vue : une personne ne tombe pas d’accord, n’applique pas un principe de tolérance et « tourne les talons »

Les flèches entre « échange de vue » et « agression verbale comportementale » signifient que l’on peut passer d’un état à l’autre. Il est évident qu’un échange de nom d’oiseaux, d’insultes plus subtiles ou encore de la mauvaise foi ne faciliteront pas l’ « échange de vue ». Tout comme cela ne facilitera pas la chance de faire preuve de tolérance ou de convaincre.

Enfin l’on peut passer d’une « agression verbal comportementale » à une « agression physique ».

Dans l’absolue les conflits de type idéologiques sont les plus simples à résoudre, il suffit en dernier ressort d’appliquer un principe de tolérance.

Bien sûr être tolérant ne veut pas dire tout accepter. Comme le montre une citation du philosophe Karl Popper dans cet article qui dit qu’accepter l’intolérance de l’autre revient à tuer l’intolérance.

Donc trois questions pourraient se poser (où le terme agression qui suit ne renvoie pas forcément à une agression physique mais peut être quelque chose de plus subtile):

  • L’autre m’agresse-t-il, me force-t-il, me manipule-t-il ?

  • L’autre fait-il preuve d’intolérance ou de médisance par son discours ou son attitude ?

  • Suis en droit d’agresser l’autre sous prétexte que je ne l’aime pas alors qu’il ne m’a rien fait ?

Dans un sens tout cela est logique si l’on prend comme définition de la tolérance « respect mutuel et/ou non-agression même si l’on est pas d’accord sur un point de vue ou que l’on ne s’apprécie pas ». On voit bien qu’une agression, forcer quelqu’un ou médire ne peut pas rentrer dans le cadre d’un respect mutuel ou d’une non agression. Mais il semblait important de le souligner étant donné les idées reçus que l’on peut avoir sur la tolérance à force de rabâchage systématique en mode bisounours et surtout à géométrie variable.

Mais des problématiques internes et externes viennent toutefois contrarier l’application d’un principe de tolérance :

  • Une mauvaise utilisation de l’égo (besoin de dominer à tout prix, besoin d’avoir raison à tout prix, …)

  • Nos instincts qui nous poussent à rejeter par principe ce qui est différent de nous (Lien)

  • Le besoin de dénigrer l’autre pour mieux se valoriser

  • Les phénomènes liés aux groupes sociaux, le besoin d’appartenance, la problématique identitaire (Lien)

  • Les normes et la pression sociale qui peuvent faire preuve d’intolérance sur un sujet ou un autre (Ex1, Ex2)

  • Le besoin de légitimation de la domination des classes sociales supérieurs (Lien)

  • Les structures politiques, sociales, médiatiques ( Ex1, Ex2)

  • Les conflits d’intérêts en général qui peuvent se cacher derrière une idéologie favorisant le rejet de l’autre (intérêts industriel, politique, diviser pour mieux régner, etc) (Ex1, Ex2, Ex3)

De ces problématiques, les phénomènes liés à l’égo et au rejet sont celles qui peuvent nous pousser le plus à faire preuve d’intolérance mais aussi de se faire manipuler par ceux qui chercheraient à l’exploiter pour leur propre intérêt. La peur d’être rejeté d’un groupe ou la volonté de le défendre en étant une autre. Encore faut-il ne pas se sentir agressé par un autre groupe à cause de fausses idées que l’on peut se faire sur l’autre et qui ne correspondent pas à la réalité, là encore un phénomène cognitif bien connue.

Les va-t-en-guerre sont les spécialistes de ce type de manipulation basées sur le rejet et l’effet de groupe. Dans un sens plus général, tous ceux qui montent les gens les uns contre les autres pour leurs intérêts à l’aide de médisances et autres mensonges stéréotypés ou qui se basent sur une idéologie qui ne sert que leurs intérêts. Par exemple à l’époque de la première guerre mondiale les Français étaient décris par les Allemands comme des barbares tueurs d’enfants pour faire accepter la guerre au peuple allemand. On a encore des exemples du même acabit de nos jours. Avoir conscience de ce phénomène de rejet peut nous aider à conserver un esprit critique et une certaine liberté de pensée.

Un exercice qui facilite le non rejet de l’autre et l’empathie est de rédiger un texte qui va dans un sens qui est différent du nôtre. En d’autres termes, de défendre un point de vue qui irait à l’encontre du nôtre en cherchant les arguments qui pourraient aller dans le sens de ce point de vue.

L’autre avantage de cet exercice est de pouvoir lors d’un débat contradictoire prévoir les arguments de l’autre.

Car ce qui peut aussi aider à appliquer un principe de tolérance serait une meilleure connaissance des points de vue ou du comportement de l’autre, d’apprendre à connaître l’autre. Dans un sens d’arriver à sortir de nos idées reçues et autres préjugés qui au fond ne sont que des croyances. En quelque sorte faire la chasse aux idées reçues et autres médisances, mais aussi le faire en face de la personne qui les colporte (surtout dans les médias).

Donc éviter de se laisser manipuler en sachant conserver un esprit critique lorsque l’on entend un avis négatif sur quelqu’un ou quelque chose (surtout si cet avis négatif tend à nous plaire).

Dans un sens plus général pourquoi ne pas respecter le point de vue ou le comportement de l’autre par principe tant qu’il respecte le nôtre ?

En d’autres termes il est logique et inévitable d’avoir des tensions au sein d’un corps social qui ne pratique pas un principe de tolérance en raison de la diversité des points de vue et des identités qui s’y trouvent. Comment cela peut-il marcher sans ?

Mais l’on tombe maintenant sur un paradoxe entre d’un côté le besoin de paix sociale et de sécurité chère à la bourgeoisie et aux classes dominantes, et de l’autre le besoin de préservation d’une dominance sociale et autres conflits d’intérêts qui peuvent l’en empêcher. On voit bien au travers de cet article que sur le long terme favoriser un climat d’intolérance pour préserver des conflits d’intérêt et ce type de dominance ne favorise pas la paix sociale mais ne peut qu’entraîner des tensions. Il faudra donc choisir.

On ne parle pas ici d’une dissolution des classes sociale, mais d’un principe de partage et d’équité qui permettrait de faciliter la résolution des conflits d’intérêts comme on le verra dans un prochain article. Mais aussi de rentrer dans une logique de coopération pour dépasser une logique d’opposition comme vu dans cet article. Force est de constater que la logique de préservation à la fois de la paix sociale et des conflits d’intérêts ne peut passer que par une force de coercition à cause des tensions qui vont découler de cette logique.

Car cette force de coercition tendra à grossir avec le temps à cause de la privation des libertés et du mécontentement qu’elle entraînera et qui demanderont encore davantage de force de coercition pour la gérer, ce qui entraînera encore plus de mécontentement et ainsi de suite. Il y aura d’autant plus de mécontentement que cette coercition sera vécue comme injuste car elle se base sur une discrimination (sociale, ethnique, religieuse, idéologique, …) et ne vise qu’à maintenir une domination et préserver les intérêts des uns au détriment des autres. La finalité d’une telle logique étant d’aboutir à une sorte de dictature qui base sa logique sur la loi du plus fort et la coercition. Sans compter que vivre dans la peur de chuter ne doit pas faciliter la paix intérieure.

D’ailleurs l’histoire nous a montré que tous les régimes qui se sont basés sur cette logique sont finalement tombés, même en appliquant la censure ou toute sorte de procédés manipulatoires. Même si les clans principaux ont pu sauver leurs têtes, ce fut au prix de certaines restructurations et de la fin d’un théâtre qui étaient de toute manière inévitable. Cela semble logique dans le sens ou la loi du plus fort et la coercition tendent à se faire de plus en plus d’ennemis sur la durée jusqu’à ce que les rapports de force s’inversent et provoquent la chute du régime qui se sert d’une telle logique. Juste une question de temps.

Dans un sens diviser pour mieux régner ne serait qu’une stratégie valable sur le court et moyen terme. Pas pour nos enfants, notre descendance en général ou encore pour éviter des ennuis inévitables.

Et dans le but de casser une idée reçue, il est toujours utile de rappeler que « la loi du plus fort » qui domine dans le règne animal n’était pas pour Darwin à appliquer à l’humanité. Au contraire, à partir de l’humanité il voyait une supériorité de la culture sur la nature, une supériorité d’un sens des valeurs morales sur cette « loi du plus fort » dans le but de préserver notre espèce (Lien). Freud n’en disait pas moins dans son livre « Malaise dans la civilisation » puisqu’il pense que le degré de civilisation d’une société ne se mesure pas à sa technicité mais aux rapports humains qui y règnent. Ni même la psychologie sociale qui prône la coopération plutôt que l’opposition entre groupes sociaux pour réduire les tensions au sein du corps sociale et faciliter la résolution des conflits d’intérêts.

Les classes dominantes devront donc choisir un jour entre leur besoin de paix sociale d’un côté, et la préservation de leurs conflits d’intérêt au détriment de la justice, du partage et de l’équité de l’autre. Comme on dit on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

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