La violence psychologique n’est pas moins pire que la violence physique

de | 20 février 2016
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Si la violence physique est facilement visible et condamnée par notre société, la violence psychologique, ou morale, est moins visible et plus insidieuse dans ses effets négatifs. De part sa quasi invisibilité et la difficulté à la démontrer notre société ne condamne pas toujours ce type de violence. Elle peut même se cacher sous la forme de l’humour que l’autre devra accepter bon gré, mal gré.

Pourtant si l’on se réfère aux travaux de la psychiatre Marie-France Hirigoyen (Le Harcèlement Morale), il y est démontré que la violence psychologique peut être plus néfaste que la violence physique, qu’elle peut détruire bien plus une personne et laisser des traumas plus importants. C’est aussi ce que confirme le rapport du CICR sur la torture psychologique (Les pires cicatrices ne sont pas toujours physiques). C’est pourquoi Marie-France Hirigoyen dit «Un mot peut tuer».

La violence psychologique

La violence psychologique est caractérisée par la raillerie, la frustration, le rejet, l’ostracisme, le racisme, l’intolérance, la stigmatisation, etc. Souvent aussi par la volonté de rabaisser l’autre pour mieux se valoriser (doit-on y voir la présence d’un complexe quelconque pour en ressentir le besoin ?).

Bien sûr une raillerie en elle même ne va pas blesser ou traumatiser la personne. En revanche c’est un phénomène d’accumulation qui va favoriser une perte de confiance en soi, une dépression ou dans les cas les plus extrêmes un suicide. C’est tout le principe d’un harcèlement morale ou encore de tout type de torture psychologique, c’est à dire par la création d’un phénomène d’accumulation de sentiments négatifs.

La torture chinoise qui consiste à rendre fou la personne en lui faisant tomber une goutte d’eau à intervalle régulier sur le front sur un long laps de temps en est le symbole type. En effet, quel mal peut bien faire une goutte d’eau prise de manière isolée ?

Notons aussi que la personne pourra retourner cette violence reçue contre les autres. De nombreux chercheurs pensent d’ailleurs que les tueries aux USA qui ont eu lieu dans des établissements scolaires provenaient d’un phénomène de harcèlement.

Marie-France Hirigoyen montre aussi que ce ne sont pas les individus les plus faibles qui vont être victime de cette violence. Elle tend plutôt à attribuer les causes à la personnalité de l’individu. Une personne insoumise en sera la cible, de même qu’une personne qui ne répond pas aux normes en cours dans l’espace sociale où elle vit. Ou alors une personne qui va susciter de la jalousie, de la même façon que d’autres études ont montré qu’une personne pleine de vie sera la cible d’un pervers narcissique qui voudra « s’approprier » cette vie qu’il n’a pas en lui. Ou plus prosaïquement dans le monde du travail lorsque l’on veut se débarrasser d’une personne. Et quelquefois toutes ces causes se mélangent. Bien souvent la personne cible, comme l’entourage, ne prennent pas conscience de la situation. On entend aussi bien souvent « ça va, on rigole ».

Sentiments positifs et négatifs

Maintenant que nous avons vu d’une manière générale ce qu’était la violence psychologique et ses effets, voyons cette violence sous l’angle de l’échange de sentiments négatifs et positifs.

Partons maintenant du principe que chaque individu peut émettre ou recevoir des sentiments positifs ou négatifs. Lors de la réception ou la création d’un sentiment négatif l’individu aura trois choix :

  • Garder ce sentiment négatif (accumulation)

  • Émettre ce sentiment négatif (évacuation)

  • Transformer ce sentiment négatif en quelque chose de positif

L’accumulation de sentiments négatifs peut entraîner dans le temps un phénomène d’évacuation pour compenser et donc une création de violence au sein du corps sociale.Le processus d’évacuation peut se faire sur la personne qui l’a émise ou sur un bouc émissaire.

L’accumulation de sentiments négatifs chez un individu peut, comme on l’a vu, détruire la personne à petit feu (stress, dépression, maladie psycho-somatique, …), voir dans les cas extrêmes pousser au suicide.

Il peut aussi y avoir une différence de personnalité et de vécu entre les personnes, certaines seront plus ou moins réceptives à la réception/émission de sentiment négatif et/ou positif. La réception d’un sentiment négatif peut rendre une personne plus malheureuse qu’une autre. D’autres peuvent encore y réagir de manière violente. L’état dans lequel nous sommes peut aussi influencer. Ne sommes nous pas tous plus sensible à une remarque désagréable lorsque nous somme stressés ?

Il y a aussi un phénomène d’échange. C’est à dire qu’un sentiment négatif peut être annulé par un sentiment positif et trouver une sorte d’équilibre. Cela peut être grâce à l’amour et l’affection des proches. Il peut aussi se transformer en quelque chose de positif via du sport, de la méditation, un jeu, etc. Un sentiment négatif peut aussi annuler un autre sentiment négatif (situation de défense).

Toutefois, et même si le sentiment négatif est évacué, la personne aura tendance à garder un ressenti envers celle ou celui qui l’a donné. Par un phénomène d’amalgame, ce ressenti pourra aussi être retourné envers le groupe social auquel appartient la personne qui a donné ce sentiment si nous n’appartenons pas à ce groupe social.

Dans tous les cas l’accumulation de sentiments négatifs au sein du corps social ne fera que favoriser l’émergence de conflits, qu’ils soient grands, petits ou encore mesquins. Mais il faut bien comprendre que la violence psychologique et le transfert de sentiments négatifs qu’elle occasionne au sein de la société est à prendre aussi sérieusement que la violence physique. Les traumas issus d’une violence psychologique n’ont rien à envier aux traumas issus d’une violence physique. Le mal n’en est pas moins grand, voir même pire car moins visible et explicable. Un phénomène de honte peut aussi y être associé.

Une autre image serait de se dire qu’une société est composée par des individus reliés par un fil invisible. Agir de manière négative sur l’un affectera l’ensemble et nous reviendra dessus à un moment ou à un autre, d’une manière ou d’une autre. Dans un sens on pourrait voir un sentiment négatif, et la violence en général, comme un virus qui va circuler au sein du corps social et passer d’une personne à une autre. On voit ça dans le monde du travail lorsque un supérieur hiérarchique réprimande un subalterne qui lui même réprimande son subalterne et ainsi de suite. Alors ne nous étonnons pas si des phénomènes de violence éclatent près de chez nous et si nous avons contribué à propager ce virus. Peut-être que celui qui l’a reçu l’a lui même propagé à un autre et ainsi de suite. Jusqu’au jour où c’est un proche qui est atteint.

Donc il ne tient qu’à une société et ceux qui la composent d’éradiquer ce virus, à moins d’aimer vivre dans un tel type de société. Rappelons aussi que le stress issu de l’accumulation de sentiments négatifs est facteur de maladies physique comme le cancer et tout type de maladie psycho-somatique. La France est aussi le deuxième pays européen qui consomme le plus de médicaments contre l’insomnie et l’anxiété [1]. Rappelons encore que l’accumulation de sentiments négatifs au sein d’une société va également engendrer un sentiment d’insécurité en raison des différents conflits issus des tensions que cela va tendre à engendrer, donc d’un besoin de plus de force de coercition, donc d’une restriction de nos libertés. Le racisme, la discrimination, les phénomènes de harcèlement à l’école et au travail, l’absence de dialogue lors de conflits d’intérêts entre dominant et dominé (l’affaire de la chemise déchirée du drh d’air france est une illustration d’une violence psychologique qui a tourné à la violence physique) favorisent la propagation du virus.

Dans un sens plus général les normes et la pression sociale devrait tendre à ne pas favoriser la violence psychologique au sein d’une société. De la même façon que notre société condamne la violence physique. On a pourtant vu dans ces articles que ce n’était pas le cas, que la violence psychologique pouvait même être encouragée [2][3][4][5]. Avant que notre société change à ce niveau, nous pourrions aussi veiller à ne pas reproduire ce phénomène d’échange de violence si nous nous sentons concernés. C’est aussi un premier pas vers le changement global que de ne pas reproduire certains schémas que nous critiquons à titre individuel. D’autant plus que l’on a vu que la violence psychologique n’a rien à envier à la violence physique que nous condamnons déjà, bien au contraire. Dans un sens et après ce que l’on vient de voir, qu’est ce que la violence psychologique a de plus barbare que la violence physique au niveau des séquelles qu’elle peut occasionner ?

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Une réflexion au sujet de « La violence psychologique n’est pas moins pire que la violence physique »

  1. www.pieces-velo.fr

    Mais incontestablement les agressions psychologiques sont bien plus quotidiennes que les agressions physiques ce qui a pour effet de les rendre bien moins discernables . Et ce qui rend leur prise en compte bien plus complexe. Contrairement aux violences physiques plus rares et immйdiatement constatables. Et aussi susceptibles d кtre plus immйdiatement mortelles.

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