La télé-réalité vue sous l’angle de la pression sociale

de | 11 février 2016
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On verra dans cet article ce que favorise la télé-réalité au niveau de la pression sociale et pourquoi les valeurs qu’elle véhicule tendent à favoriser des tensions au sein d’une société.

On pourra rapprocher cet article de celui ci :
http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/le-dilemme-du-prisonnier-vu-sous-l-177500

Le principe de ce type de programme est plutôt simple, on place des individus en vase clos et nous suivons leur évolution. Selon les variantes ces individus ont des tâches et des buts à réaliser qui dépendent du concept de l’émission.

Dans tous les cas le concept se base sur des notions de voyeurisme des spectateurs, d’humiliation des candidats, d’un esprit de compétition exacerbé (une non coopération) et d’un principe d’élimination progressive.

Voyons voir maintenant ce que cela demande/favorise au niveau des candidats et au niveau des spectateurs.

Les candidats acceptent de se faire humilier (les voix off des émissions qui raillent les candidats, les épreuves qu’ils doivent subir, etc). En échange les candidats obtiennent un moment de célébrité et une compensation financière.

En d’autres termes, les candidats acceptent une agression de leur égo (amour propre) pour obtenir une compensation. Le moment de célébrité et l’espoir de sa continuité en échange d’une agression de l’égo encourage d’être prêt à tout pour un instant de célébrité. La compensation financière en échange d’une agression de l’égo encourage d’être prêt à tout pour de l’argent. Argent et célébrité sont donc mis en avant au détriment de valeurs comme la dignité, l’honneur, le respect de soi et par extension celui des autres.

Au niveau du déroulement du jeu il y a une mise en place d’un esprit de compétition individualiste. La coopération n’est pas privilégiée, ou bien si elle l’est ce ne sera que d’une manière momentanée car à la fin il n’y aura qu’un gagnant principal et non une équipe ou encore l’ensemble des candidats. Lorsqu’il y a coopération il s’agit plus de profiter des autres pour arriver à un but intermédiaire puis s’en débarrasser pour finir premier. La mise en opposition est donc privilégier sur la collaboration pour arriver à un but commun. Il n’y a pas non plus d’esprit « sportif » dans le sens ou la manipulation, le vice et le non-respect de soi et des autres sont encouragés pour gagner.

Je ne dis pas que l’individualisme est quelque chose de négatif dans l’absolue, mais qu’ici il est utilisé en transmettant des sentiments négatifs et dans un but d’opposition systématique ou de manipulation. Donc dans un but qui tend à favoriser des phénomènes de violence (psychologiques).

Les sentiments négatifs accumulés pour pouvoir participer au jeu pourront être utilisés pour éliminer les autres candidats en les émettant vers eux. Le raisonnement ici est le suivant, lorsque nous recevons un sentiment négatif nous avons sommairement trois choix :

  • Garder ce sentiment négatif (accumulation)

  • Émettre à nouveau ce sentiment négatif (évacuation/propagation)

  • Transformer ce sentiment négatif en quelque chose de positif (seul ou grâce à un tiers)

On voit donc que là aussi il y a une émission de sentiments négatifs pour que le jeu puisse se dérouler. Les candidats ne sont pas tirés vers le haut, au contraire le jeu profite de leurs instincts les plus bas pour pouvoir se dérouler (élimination de l’autre, trahison, manipulation, mise en avant de soi au détriment des autres, égoïsme, avidité, hypocrisie, …).

Certains mettront en avant l’humour et le fait de ne pas se prendre au sérieux pour accepter les humiliations inhérentes à ce type de jeux. Toutefois nous sommes loin de l’humour des Desproges, Le Luron ou autres Coluches qui savaient à la fois nous faire rire tout en nous faisant réfléchir. Bien sûr ce type d’humour demande une certaine complexité et n’est pas à la portée de tout le monde.

Au delà de ça, cette fausse « coolitude » est aussi une des techniques de manipulation des masses (la numéro 8) attribué (à tord [1]) à Chomsky [2]. C’est à dire trouver cool ce qui relève de la médiocrité.

Du côté des téléspectateurs on favorise la curiosité malsaine (voyeurisme) et grâce à l’humiliation des candidats le sentiment qu’il y a plus con que soi. C’est aussi une invitation à rabaisser et railler l’autre pour se valoriser d’une manière factice dans le sens ou cela ne change pas notre condition pour autant (cela n’a pas rendu plus intelligent le spectateur) mais c’est juste un soulagement temporaire via une sorte de flatterie basé sur le dénigrement de l’autre.

On voit donc que cela légitimise la curiosité malsaine (intrusion arbitraire dans la vie des autres, création de sentiments négatifs vers l’autre) et la raillerie de l’autre. Cela le légitimise car en passant à la télé on commence à trouver ça normal.

Au final on voit que ce type d’émission légitimise au sein de notre société la propagation de sentiments négatif. Qu’il ne favorise pas l’honneur, la dignité, le respect de soi et des autres ou encore l’éducation qui viserait à devenir plus intelligent (au contraire, la télé-réalité flatte le téléspectateur en le faisant penser qu’il y a plus con que lui ). Ce type d’émission ne tire donc pas les individus vers le haut ni ne les rend plus intelligent, c’est même tout le contraire qui se produit.

De plus il ne favorise pas non plus un esprit de coopération qui est pourtant la seule solution pour réduire les tensions entre groupe sociaux comme l’a montré la psychologie sociale [3] [4].

Faut-il pour autant rendre coupable candidat et téléspectateurs ? Dans un sens non, on profite d’eux en appelant leurs instincts les plus bas et nous avons tendance à céder facilement à ce type d’instincts. Là encore il n’est pas étonnant que les médias profitent de cette faiblesse naturelle pour générer des profits, c’est là aussi une notion de facilité de la part des producteurs qui cèdent eux aussi à leurs instincts les plus bas. Dans un sens ils sont à l’image de leurs candidats et de leur public.

On peut voir d’ailleurs que lorsque un programme/film de qualité est accessible, ce type de production est naturellement plébiscité par l’ensemble des gens. J’y vois là une attente de la part des individus. Mais il est aussi plus difficile de produire de la qualité que de produire ce qui appel à satisfaire ses instincts les plus bas.

Pour résumer la télé-réalité légitimise :

  • l’absence de coopération

  • l’élimination des autres pour son profit, la trahison, la manipulation

  • accepter d’être humilié pour obtenir quelque chose

  • le voyeurisme, l’absence de vie privée

  • le rabaissement de l’autre pour mieux se valoriser

  • tout ce qui peut être en rapport avec nos instincts les plus bas

On a donc vu que l’orientation de ce type de programme favorise au niveau de la pression sociale tout le contraire de ce qu’il faudrait faire pour réduire les tensions au sein de notre société. On peut voir maintenant que d’autres émission dans les médias prennent certains codes hérités de la télé-réalité. On y voit l’humour facile et la médiocrité qui domine et forcément ce type d’attitude tend à se normaliser au sein de notre société et devient une norme qui va devenir de plus en plus difficile à remettre en question. Là aussi la psychologie sociale a montré l’importance de l’influence des normes sociales dans notre manière de voir les choses et la fabrique de notre comportement.

Sans compter que ce type de normes tend aussi à nous rendre plus manipulable en nous tirant vers le bas, en nous faisant accepter d’être prêt à tout pour « réussir » ou encore en nous maintenant ignorant et en faisant de la médiocrité une « valeur sûre ». Ce sont aussi des valeurs que l’on retrouve dans les techniques de manipulation des masses cité plus haut [2]. Donc rien de très bon que ce soit pour nous ou pour les autres, mais en avoir conscience est déjà en soi quelque chose de positif.

Ceci dit cet article n’a rien de réactionnaire ou ne prétend pas que « c’était mieux avant », il essaie juste de montrer pourquoi les valeurs véhiculées par ce type de programme ne tendent pas à favoriser au mieux la paix sociale et le bien être de tout un chacun qui sont les conditions nécessaires à toute construction et prospérité au sein d’une société. Autrement dit, nous aurions intérêt à favoriser des valeurs qui sont l’inverse des valeurs véhiculées par ce type d’émission dans le but de mettre en place une pression sociale qui tendrait vers des choses plus positives pour l’ensemble du corps sociale. Sinon comment cela peut-il fonctionner ?

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